« Mme de la Fayette prend des bouillons de vipères, qui lui redonne une âme et lui donnent des forces à vue d’œil ; elle croit que cela vous seroit admirable. On prend cette vipère, on lui coupe la tête, la queue, on l’ouvre, on l’écorche, et toujours elle remue ; une heure, deux heures, on la voit toujours remuer. Nous comparâmes cette quantité d’esprits, si difficiles à apaiser, à de vieilles passions, et surtout celles de ce quartier* : que ne leur fait-on point ? On dit des injures, des rudesses, des cruautés, des querelles, des plaintes, des rages ; et toujours elles remuent, on ne sauroit en voir la fin ; on croit que quand on leur arrache le cœur, c’en est fait, qu’on n’en entendra plus parler : point du tout, elles sont encore en vie, elles remuent encore. Je ne sais pas si cette sottise vous parôitra comme à nous ; mais nous étions en train de la trouver plaisante ; on en peut faire souvent l’application. »
Mme de Sévigné à Madame de Grignan le 20 octobre 1679
* Mme de la Fayette habitait rue de Vaugirard en face du petit Luxembourg
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01 juin et 18 juillet 2016 © Loqman