Article en trois parties:
I - La Rue Courtalon à Paris 1°
II - Le Grand Tamablanc Baveur
III - Les vraies coupables
Il existe à Paris, au Châtelet, une petite venelle appelée Rue Courtalon. Elle prend source rue Saint Denis et va mourir opportunément trois décamètres plus loin sur un angle de la place Sainte Opportune. Elle est si vieille, que les ans l’on rendu bossue, les murs qui la bordent sont ventripotents, borgnes… fenêtres barreaudées, deux ou trois portes revêches s’y logent, toutes prêtes à vous mordre les mollets si d’aventure il vous venait l’idée saugrenue de vouloir les timbrer. On s’y engage depuis la rue St Denis, c’est le sens de la visite, vous pouvez tout aussi bien la prendre depuis la place Ste Opportune, mais je vous le déconseille, car les frissons de curiosité craintive qui font partie de cette histoire et de cette visite seraient à rebrousse-poil et que c’est moi le guide : « Suivez-moi ! comme dit la concurrence.»
Dès que vous êtes sur le pas de la rue Courtalon, essuyez vos pieds sur le paillasson virtuel et prenez les patins: j’ai ciré ! Contrastant avec l’ambiance jeans branchés, au parfum de merguez grillées, arrosé d’un trait de soleil, sur fond d’avertisseur sonore d’un 380 au décollage qui est la marque de la rue St Denis, d’un coup d’un seul, vous êtes hors du temps. Les bruits sont étouffés, cotonneux, une chape humide vous enveloppe et réveille vos rhumatismes, les odeurs originales d’un Paris du début du XVIIe siècle se forent un chemin dans votre nez et vous laisseront à vie deux petits trous bien pratiques pour valoriser la filière des mouchoirs en papier et vous donnez de quoi patienter dans les embouteillages… Remercions au passage, tous ces anonymes qui, grisés par des libations aussi nombreuses qu’excessives, aident, soirs après nuits avec une grande abnégation, à entretenir ce patrimoine que le monde entier nous envie : L’odeur de la pisse des siècles passés dans Paris et plus particulièrement dans la rue Courtalon qui je vous le fait remarquer au passage est un modèle de discrétion pour défier la maréchaussée verbalisatrice absente. Ici, rien à voir, tout à humer ! C’est un saut à l’élastique dans le temps. Nous avançons d’un pas et apercevons déjà la lumière de la Place Sainte Opportune à la fin de la venelle.
Images cliquables
A droite: La rue Courtalon vue depuis la rue St Denis au fond : La Place Ste Opportune
A gauche: Dans la rue Courtalon regardant vers la rue St Denis
Texte et photos: © Loqman
La suite : "Le Grand Tamablanc Baveur" demain...