• VIII - Miroir, mon beau miroir…

              Il y a bien longtemps le Printemps avait posé cette question à un miroir magique et l’autre de lui répondre pour le taquiner, qu’il était certes très beau, mais que l’automne avec ses cheveux blonds qui s’écharpent  au gré des vents, ses ciels délavés, ses tapis dorés  et bien… comment vous le dire sans vous offenser mon doux Prince ? … Et bien, l’automne ne manque pas d’un certain charme…

              Le Printemps, furieux décida alors de faire périr l’automne qui osait porter attente à sa beauté. Il convoqua tous les jeteurs de sorts de son royaume, les sorcières et les sorciers, les rebouteux et les rebouteuses d'Anglais hors du royaume, les marabouts et les Marat boute en train, les percepteurs et les mères septiques et même François Hollande qui porte la poisse comme pas un. Mais, nul ne savait comment s’y prendre.

         Furieux, le Printemps assis sur son trône bougonnait, balançait à tout va des giboulées, entrecoupait ses jours radieux d’averses et d’éclaircies… Ouvrait ici ou là un buisson de pivoines, des magnolias, quelques cerisiers roses, un bouquet de narcisses…et l’instant d’après hachait le tout menu sous un déluge de grêle, ruinant ainsi des floraisons prometteuses d’abondance.  A la cour, tout le monde était pétrifié, personne n’osait lever le petit doigt de crainte que le courroux ne s’abatte sur le téméraire qui attirerait l’attention du Prince en colère.

              - Personne n’a donc la moindre idée pour me débarrasser de cet Automne impudent ? Tonna-t-il en jetant sur ses courtisans une poignée de grêlons gros comme des ballons de foot. Vous êtes des incapables…  

               Du fond de la grande salle du trône une petite voie se fit entendre :

    - Mon beau Prince je connais peut-être une solution. 
    - Qui a parlé ?
    - C’est moi dit une petite voix, moi, dit la Reine des Pommes en s’avançant devant le Printemps.
    - Que proposes-tu ?
    - Et bien voilà : J’ai entendu dire qu’il y a très longtemps, une belle princesse avait été empoisonnée par une pomme. Refaisons le même coup à l’Automne. 
    - Mais je ne veux pas attendre, tonna le Printemps, je veux qu’il meure tout de suite. 
    - Non, mon Prince, quand je dis "à l’Automne", je parle du personnage pas de la saison. Faisons le coup de la pomme à l’Automne, maintenant, tout de suite. Précisa-t-elle en réglant son sonotone, car elle était un peu dure de la feuille en automne,  mais les autres saisons, ça allait bien.  Elle faisait seulement de la surdité saisonnière, comme d’autres font des allergies monotones.

    - Bravo, parfait ! Qu’on aille sur-le-champ me quérir des pommes, dit le Printemps.
    - Vous voulez dire cueillir, mon seigneur et dans quel champ aller le faire ? Vos territoires sont immenses et vos champs innombrables, demanda le vieux cueilleur de pommes.
    - Apportez-moi des pommes tout de suite, prenez les où vous voudrez, mais grouillez-vous ou je fais un malheur !!!

              Le cueilleur partit, son échelle de Richter sous le bras, son bâton et son grand panier d’osier à la main. Il chercha dans tout le royaume, mais hélas ne trouva aucune pomme. Et pour cause : la saison des pommes, c’est l’automne. 
    Que faire ? Le Printemps allait-être furieux, il ne pouvait se permettre de se présenter devant le Prince sans les pommes demandées !

            Alors, il eut une idée : le super marché : là il trouverait des pommes c’est certain. Et puis le Printemps avait dit : "prenez les où vous voudrez".
    Effectivement, dans les rayons du super marché il y en avait des pommes. De toutes les couleurs, des vertes et des pas mures, des grosses et des calibrées, des brillantes et des bien polies qui disaient bonjour à la ménagère de moins de cinquante ans… toutes sortes de pommes ! Il acheta les plus belles, les plus grosses, les plus rouges et en rapporta un grand panier au Printemps qui le félicita.

              Le Printemps jubilait, il tenait sa victoire, enfin il allait être à nouveau le plus beau du quadrige des saisons. Le Prince choisit la pomme la plus appétissante et la confia à son empoisonneur afin qu’il la rende mortelle pour l’offrir à l’Automne. Puis tranquillisé, il retourna à ses affaires de Printemps : les bourgeons par-ci, les tulipes par-là, une pincée d’ondée, trois rayons de soleil sur cette terrasse de café, booster les abeilles, secouer les fourmis, énamourer les oiseaux… Ce faisant, distraitement il croquait dans le surplus de pommes rapporté par le cueilleur de pommes, elles étaient délicieuses, mais traitées aux pesticides...

              C’est ainsi qu’il s’empoisonnât et que depuis ce temps nous avons des Printemps pourris.   

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    01 avril 2016 © Loqman

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 6 Avril 2016 à 08:33

    C'est renversant !

    2
    Mercredi 6 Avril 2016 à 09:52

    Excellent ! Mdr. Quelle histoire de ouf, entre conte et vision lucide sur l'actu !

    La 2e photo est étrange... Pigé, elle est à l'envers !

    Bon jour Loqmanjp

    3
    Mercredi 6 Avril 2016 à 16:06

    ben c'est con ça

    et les hivers pourris...pourquoi qui sont pourris hein ?....dis Loqman...pourquoi qui sont pourriiiiis e?

    belle photo

    4
    Mercredi 6 Avril 2016 à 16:56

    Printemps pourri = photo jolie

    La seconde est très chouette

    5
    Le Billet de Michel
    Lundi 11 Avril 2016 à 11:01

    Je cesse immédiatement à manger des pommes !

    frown

      • Lundi 11 Avril 2016 à 19:32

        Bonne décision wink2 

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